
Droite annécienne : l’impossible union pour 2026 ?
À Annecy, la droite et le centre-droit risquent de rejouer le même scénario catastrophe qu’en 2020. Plusieurs listes concurrentes, des ego surdimensionnés, une incapacité chronique à s’unir. Résultat : une défaite de justesse face à François Astorg, l’écologiste qui a raflé la mairie avec à peine 0,10 % d’avance. Six ans plus tard, rien n’a vraiment changé. Les mêmes protagonistes s’agitent, les ambitions personnelles explosent, et l’union promise pour 2026 ressemble davantage à un château de cartes qu’à une coalition solide. Entre Jean-Luc Rigaut qui ne digère toujours pas sa défaite et Antoine Armand qui veut incarner le renouveau macroniste local, la partition s’annonce cacophonique.
Le contexte politique annécien actuel
La situation à Annecy depuis 2020 reste d’une fragilité étonnante. François Astorg gouverne avec 44,74 % des voix contre 44,64 % pour Rigaut. Une victoire obtenue sur le fil, presque par accident, grâce à la division de ses adversaires.
L’abstention massive (64,35 %) a plombé le scrutin et révélé un désintérêt préoccupant des Annéciens pour leur ville. Dans ce contexte, la droite aurait dû tirer les leçons de son échec. Mais non.
Aujourd’hui, la majorité écologiste tient la ville pendant que Jean-Luc Rigaut conserve 15 élus dans l’opposition. L’ancien maire n’a jamais vraiment disparu du paysage politique local. Il préside toujours des instances, reste influent au sein de l’UDI, et garde un réseau solide dans l’agglomération.

Face à cette droite classique incarnée par Rigaut, le parti Renaissance d’Emmanuel Macron cherche à s’imposer localement. Antoine Armand, député de la circonscription, s’est positionné comme candidat naturel pour 2026. Il incarne une droite moderne, pro-européenne, libérale sur l’économie et progressiste sur les questions sociétales.
Problème : ces deux droites ne se supportent pas vraiment.
Les acteurs de la division
Jean-Luc Rigaut, l’ancien maire qui refuse de partir
Rigaut a dirigé Annecy pendant des années. Il connaît chaque dossier, chaque acteur économique, chaque notable local. Pour lui, 2020 reste une injustice. Une défaite volée par la division de son camp et l’émergence surprise des écologistes.
À 60 ans passés (approximativement), il estime avoir encore un rôle à jouer. Ses soutiens le poussent à se représenter, convaincus que son expérience reste un atout face à Astorg.
Antoine Armand, le jeune loup macroniste
Député Renaissance, Armand représente la génération montante. Brillant, bien formé, connecté aux réseaux parisiens du pouvoir. Il veut incarner le renouveau face aux figures vieillissantes de la droite traditionnelle.
Son projet : construire une coalition large centre-droit qui rassemble au-delà des étiquettes partisanes. Un discours séduisant en théorie, mais qui nécessite que Rigaut accepte de s’effacer.
Ce qui n’arrivera probablement pas.
Frédérique Lardet, la présidente d’agglo qui joue sa partition
Présidente de Grand Annecy, Lardet dispose d’un levier institutionnel majeur. Proche du centre-droit et de LREM historiquement, elle navigue entre les deux camps sans vraiment trancher. Son positionnement reste flou, ce qui entretient la confusion.
Veut-elle se présenter ? Soutenir Armand ? Négocier une place stratégique dans une future majorité ? Personne ne sait vraiment.
Les petits candidats qui compliquent l’équation
Comme en 2020, plusieurs personnalités pourraient être tentées par l’aventure municipale :
- Des figures locales issues de la société civile
- Des élus de quartier ambitieux
- Des représentants d’une droite plus conservatrice ou identitaire
Chacun pense pouvoir peser dans la négociation. Chacun surestime son poids électoral. Et au final, tout le monde affaiblit le camp dans son ensemble.

Les points de blocage
L’impossible arbitrage entre légitimité et renouveau
Comment choisir entre l’expérience de Rigaut et le dynamisme d’Armand ? Les deux arguments se tiennent. Les deux personnalités ont leurs mérites. Mais aucune ne veut céder sa place à l’autre.
Rigaut estime qu’il a PAYÉ sa défaite de 2020 et qu’il mérite une revanche. Armand considère que justement, cette défaite disqualifie Rigaut et qu’il faut tourner la page.
Les divergences programmatiques (qui existent vraiment)
Au-delà des ego, des différences de fond séparent ces droites. Sur l’écologie urbaine par exemple, Armand se montre plus ouvert à des compromis avec les préoccupations environnementales. Rigaut défend une ligne plus classique, axée sur le développement économique et l’attractivité.
Sur les services publics aussi, les nuances existent. La mobilisation récente pour le maintien du bureau de poste d’Annecy Novel a montré l’importance de ces enjeux pour les habitants. Quelle position adopter entre modernisation et proximité ?
Les calculs d’appareil et les investitures nationales
Paris s’en mêle évidemment. Renaissance veut imposer ses candidats partout où c’est possible. L’UDI cherche à conserver ses bastions. Les Républicains (quasi-absents à Annecy mais présents dans le département) regardent aussi la situation.
Ces considérations nationales parasitent les discussions locales et rendent les compromis encore plus difficiles.
Scénarios possibles pour 2026
Scénario 1 : L’union miraculeuse (probabilité faible)
Sous la pression des militants et des électeurs, Rigaut et Armand parviennent à un accord. L’un accepte la tête de liste, l’autre une place stratégique (première adjointe ou vice-présidence d’agglo). Une primaire ouverte départage les prétendants, et le perdant se rallie loyalement.
Ce scénario permettrait de rassembler largement et de battre Astorg.
Mais honnêtement, personne n’y croit vraiment.
Scénario 2 : La division assumée (probabilité moyenne)
Chacun part de son côté. Rigaut mène une liste UDI-LR classique. Armand conduit une liste Renaissance-MoDem-centre. D’autres petites listes émergent. Au premier tour, la droite explose en quatre ou cinq listes qui totalisent collectivement plus de voix qu’Astorg, mais qui s’éliminent mutuellement.
Rejeu presque parfait de 2020, avec le même résultat catastrophique.
Scénario 3 : Le ralliement tactique de dernière minute (probabilité élevée)
Les discussions patinent jusqu’à l’automne 2025. Les listes se déposent séparément. Mais entre les deux tours, face au risque de défaite, un accord de fusion intervient in extremis. Une liste commune se présente au second tour avec un programme bricolé et une équipe disparate.
Ce scénario limite la casse mais part avec un handicap : le manque de cohérence et de projet commun évident.
Scénario 4 : L’outsider qui bouleverse tout
Une personnalité extérieure au sérail politique traditionnel émerge. Un chef d’entreprise, un ancien sportif, une figure associative reconnue. Cette candidature de la société civile séduit une partie de l’électorat de droite lassé des querelles d’appareil.
Elle complique encore davantage l’équation mais pourrait aussi forcer les politiques à se rassembler face au danger.
Conséquences pour les électeurs
Pour les Annéciens de droite, cette situation est franchement pénible. Ils voient leurs représentants s’écharper alors qu’une victoire semble possible avec un minimum d’organisation. Le sentiment de gâchis domine.
Concrètement, cette division produit plusieurs effets négatifs :
- Une dilution du message politique dans des querelles de personnes
- Une absence de projet clair et lisible pour la ville
- Un affaiblissement de la capacité à peser sur les dossiers d’agglomération
- Une démobilisation des électeurs potentiels, dégoûtés par ces manœuvres
L’abstention record de 2020 pourrait encore augmenter si les électeurs ne voient aucune offre politique crédible et unie.
Par ailleurs, cette division laisse le champ libre à François Astorg pour consolider tranquillement sa majorité. Pendant que la droite se déchire, lui avance ses pions, construit son bilan, prépare sa campagne de 2026 sur des réalisations concrètes.
Les enjeux locaux pourtant ne manquent pas. La transition écologique et l’urbanisme restent des préoccupations majeures des Annéciens. La gestion des services publics, illustrée par la mobilisation pour le bureau de poste d’Annecy Novel, montre l’attachement aux équipements de proximité. Le développement économique du bassin annécien nécessite aussi une vision claire.
Mais comment porter ces sujets quand toute l’énergie se consume dans des calculs d’investiture et des rivalités personnelles ?
La droite annécienne doit choisir. Soit elle privilégie l’intérêt collectif et construit une union large capable de reconquérir la mairie. Soit elle persiste dans ses divisions et offre probablement six années supplémentaires à la majorité écologiste actuelle.
Les prochains mois diront si la raison l’emportera sur les ego. Mais l’histoire récente n’incite pas vraiment à l’optimisme.



