
Le Grand Annecy fait front face à la crise des AirBnB (et c’est très bien)
La perle des Alpes étouffait. Derrière la carte postale, Annecy et son agglomération subissaient de plein fouet une spéculation immobilière débridée, alimentée par la manne des locations touristiques. Mais le vent tourne. Face à la crise des AirBnB, la collectivité a décidé de siffler la fin de la récréation. Et c’est une excellente nouvelle pour ceux qui aiment cette ville pour ce qu’elle est : un lieu de vie.
Pour faire simple : face à la multiplication des locations type Airbnb, le Grand Annecy a mis en place une réglementation drastique qui entre en vigueur le 1er juin 2025. Le but est de limiter fortement la conversion de logements en meublés touristiques grâce à des quotas par quartier et une règle stricte d’une seule autorisation par propriétaire. L’objectif est clair : rendre des logements aux habitants.
Annecy suffoquait sous les locations
Avant de saluer la solution, il faut mesurer l’ampleur du problème. Ces dernières années, la situation était devenue critique, transformant le visage de la ville et compliquant la vie de ses résidents de manière alarmante.
Une explosion incontrôlée
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre 2019 et 2024, le nombre de meublés de tourisme déclarés dans le Grand Annecy a presque triplé, passant de 2 854 à 8 550. Un véritable raz-de-marée.
La ville d’Annecy concentre à elle seule 6 200 de ces logements. Dans certains quartiers, comme la vieille ville, c’est une hémorragie : près d’un logement sur trois est désormais dédié aux touristes de passage, vidant les immeubles de leurs habitants à l’année.
La vie locale en péril
Cette transformation n’est pas sans conséquences. Pour les Annéciens, trouver un logement à l’année est devenu un parcours du combattant. L’offre locative traditionnelle s’est effondrée, aspirée par la rentabilité à court terme des plateformes.
Au-delà de la crise du logement, c’est l’âme des quartiers qui s’est étiolée. Les « bonjour » dans l’escalier ont été remplacés par le bruit des valises à roulettes. Les commerces de proximité, essentiels à la vie quotidienne, ont commencé à laisser place à des boutiques de souvenirs ou des snacks, faute de clientèle résidente.

Une ville pour qui ?
La flambée des prix et la rareté des biens ont durement pénalisé les familles, les jeunes actifs et les classes moyennes, contraints de s’éloigner ou de renoncer à s’installer. Une dynamique qui creuse les inégalités et menace la mixité sociale qui fait la richesse d’une ville.
La riposte : un règlement pour tout changer
Face à ce constat sans appel, le Grand Annecy a pris le taureau par les cornes. Le nouveau règlement, adopté en février 2025 pour une application en juin, est une réponse forte et structurée. Vous pouvez retrouver les détails de cette décision dans nos actualités locales.
Des quotas stricts par quartier
Fini le « premier arrivé, premier servi ». La ville d’Annecy est désormais découpée en trois zones avec des plafonds d’autorisations clairs et nets :
- Zone A (hyper-centre) : 460 logements autorisés maximum.
- Zone B (bords du lac, gare) : 1 000 logements autorisés.
- Zone C (reste de la commune) : 1 200 logements autorisés.
Ces quotas visent à stopper l’hémorragie là où elle est la plus forte et à préserver un équilibre dans toute la ville.
Le point le plus important : chaque propriétaire, qu’il soit une personne physique ou une société, ne pourra détenir qu’une seule autorisation de location saisonnière. Cette autorisation sera valable 4 ans et non renouvelable automatiquement.
Des démarches obligatoires et des sanctions
Pour transformer un logement en meublé de tourisme, une autorisation de changement d’usage délivrée par la mairie est maintenant impérative. La procédure est stricte et le règlement de copropriété doit l’autoriser explicitement.
Chaque meublé doit être déclaré en ligne pour obtenir un numéro d’enregistrement. Ce numéro est obligatoire sur toutes les annonces. En cas de non-respect, l’amende peut grimper jusqu’à 5 000 €, de quoi dissuader les fraudeurs.
Les effets se font déjà sentir
Cette nouvelle réglementation n’est pas qu’un simple document administratif. C’est un signal fort qui commence déjà à influencer le marché et les mentalités. Un sujet que nous pourrions approfondir dans nos dossiers de fond.
Le soulagement des élus et des habitants
Le maire d’Annecy, François Astorg, ne cache pas sa satisfaction. Il voit dans cette régulation un levier essentiel pour répondre à la crise du logement, bien sûr, mais aussi pour préserver le patrimoine et la qualité de vie des Annéciens. Un sentiment partagé par de nombreux habitants, qui espèrent enfin pouvoir se loger décemment dans leur propre ville.
Le secteur privé s’adapte
Fait notable, le monde de l’immobilier commence lui aussi à bouger. Certains promoteurs ont pris les devants en interdisant purement et simplement les locations de type Airbnb dans les règlements de leurs copropriétés neuves. Leur objectif : garantir un habitat permanent et pérenniser la tranquillité des résidents.
C’est la preuve que la prise de conscience est globale.

En conclusion, Annecy était menacée de devenir un simple décor, une ville-musée magnifique mais sans vie. Les mesures courageuses et nécessaires prises par le Grand Annecy pour juguler la crise des AirBnB sont un acte de préservation. C’est une tentative ambitieuse de redonner la priorité à ceux qui font la ville au quotidien : ses habitants. Un exemple que d’autres villes touristiques devraient suivre.
Merci de nous avoir lu. N’hésitez pas à parcourir nos autres articles pour rester informé sur la vie de notre belle région.



