
Le RN peut-il créer la surprise aux municipales d’Annecy 2026 ?
François Astorg a lâché l’affaire. Le maire écologiste d’Annecy ne briguera pas de second mandat en 2026. Cette annonce rebat complètement les cartes dans une ville qui s’est habituée à des élections serrées – souvenez-vous, 27 voix d’avance seulement en 2020. Et pendant que la gauche tente de recomposer ses alliances et qu’Antoine Armand (Renaissance) se positionne déjà, une question surgit : le Rassemblement National, qui stagne localement depuis des années, pourrait-il profiter de cette recomposition pour créer la surprise ?
Le contexte politique actuel à Annecy
Annecy vit sous un leadership de gauche depuis 2020, avec une alliance PS-EELV-PCF qui a pris le pouvoir d’un cheveu. François Astorg revendique un bilan axé sur la transition climatique : végétalisation massive, piétonnisation, arbres partout. Il estime avoir réalisé 80% de son programme mais parle aussi d’un mandat « difficile ».
À 64 ans, il jette l’éponge.
Résultat : une course ouverte comme rarement. La gauche cherche à maintenir l’union (PS, Écologistes, Place publique et PCF discutent depuis mars 2025), mais le paysage s’est atomisé. Antoine Armand, l’ancien ministre Renaissance, s’est déclaré dès septembre 2025 avec le soutien des Républicains locaux. LFI présente un ticket Aïcha Berrahal-Vincent Dreme. Le radical Thomas Meszaros se lance aussi.
Et Guillaume Roit-Levêque porte les couleurs du RN.
Les résultats récents du RN en Haute-Savoie
Les chiffres des législatives 2024 donnent le tournis – mais pas forcément dans le bon sens pour le RN. Dans la 1ère circonscription incluant Annecy, Guillaume Roit-Levêque a obtenu 35,77% au second tour. Anis Bouvard a fait 31,17% dans la 2e circonscription. Des scores importants, certes, mais loin du compte.
À Annecy même, c’est encore plus net : 28,85% pour Roit-Levêque au second tour contre plus de 71% pour Véronique Riotton.
Dans les autres circonscriptions du département, le RN tourne entre 37 et 41% au second tour. La dynamique nationale existe donc en Haute-Savoie, mais Annecy résiste davantage que le reste du territoire.
Le précédent de 2020
Aux municipales précédentes, le RN n’a même pas franchi la barre des 10% au premier tour. Conséquence directe : aucun siège conservé (ils en avaient 4 avant), aucune fusion possible. Une humiliation électorale dans une ville alpine pourtant réputée conservatrice.
Les forces en présence pour 2026
Le champ de bataille se dessine avec plusieurs poids lourds :
- Antoine Armand : l’ancien ministre dispose d’une notoriété nationale fraîche et d’alliances solides (Renaissance, LR, Horizons)
- L’union de gauche : si elle se réalise, elle bénéficierait du bilan d’Astorg et de l’appareil militant déjà en place
- LFI : avec son ticket Berrahal-Dreme, elle pourrait faire cavalier seul et fragmenter davantage le vote progressiste
- Thomas Meszaros : le candidat radical joue sa carte personnelle, fort de son ancrage à l’Agglo
- Guillaume Roit-Levêque : le candidat RN qui a déjà essuyé plusieurs défaites
Les atouts et faiblesses du RN localement
Ce qui pourrait jouer en sa faveur
La fragmentation du paysage politique est une aubaine potentielle. Avec 5 ou 6 listes sérieuses, le premier tour pourrait voir des scores très éclatés. Et dans ce genre de configuration, un score même modeste (autour de 15-18%) permettrait au RN de se qualifier pour le second tour.
Le RN peut aussi compter sur une base électorale qui s’est renforcée au fil des scrutins nationaux. Les 30-35% aux législatives montrent qu’un réservoir de voix existe.
Les handicaps structurels
Mais voilà : Annecy n’est pas Perpignan. La sociologie locale reste défavorable au parti – population éduquée, cadres nombreux, attractivité économique forte. Le RN n’a aucun élu au conseil municipal actuellement. Zéro ancrage dans les quartiers, zéro relais associatif.
Guillaume Roit-Levêque incarne aussi une limite : c’est un perdant en série (législatives 2024 notamment). Pas le meilleur profil pour incarner une dynamique victorieuse.
Les scénarios possibles pour l’élection
Scénario 1 – Le front républicain classique : Le RN se qualifie au second tour avec 15-20% mais se heurte à une union de tous les autres. Résultat prévisible : défaite nette.
Scénario 2 – La triangulaire piège : Trois listes se maintiennent (disons RN, Armand, gauche unie) et le RN profite d’une division persistante pour arracher quelques sièges sans gagner la mairie.
Scénario 3 – L’implosion totale : Trop de candidatures, aucune fusion, et une situation où plusieurs listes (dont le RN) se retrouvent entre 12 et 18%. Configuration chaotique.
Le scénario d’une victoire RN ? Franchement improbable sans effondrement simultané de tous les autres camps.
Ce qu’en pensent les observateurs politiques
Les analystes locaux restent sceptiques sur les chances réelles du RN. La ville a démontré lors de tous les scrutins récents sa capacité à faire barrage. Même lors de la vague législative 2024, Annecy a voté massivement contre les candidats RN au second tour.
Certains pointent néanmoins un risque : celui de l’éparpillement. Si la gauche ne parvient pas à s’unir ET qu’Armand n’agrège pas suffisamment large, une fenêtre pourrait s’entrouvrir. Pas pour gagner, mais pour peser.
La vraie surprise ne serait peut-être pas une victoire RN (quasi impossible) mais une qualification au second tour qui obligerait à de nouvelles alliances de circonstance. Dans une ville habituée aux majorités étriquées, même 15-20% peuvent suffire à jouer les trouble-fête.
Rendez-vous en 2026 pour savoir si Annecy confirmera son exception ou si la vague nationale finira par lécher ses quais.



